Construire un groupement d'achat dans son immeuble/ quartier


#1

Je voulais partager avec la communauté un retour d’expérience sur le groupement d’achat qu’Olivier et moi avons coordonné pendant 6 mois.
Certes cette expérience a été conduite en Norvège, où mon compagnon Olivier vivait, mais je crois que les enseignements et le modèle économique que nous avons imaginé pourrait s’appliquer à la France.

L’initiative et les objectifs

Avec Olivier, nous voulions monter un hub experimental pour tester la plateforme Open Food Network et nous confronter aux réalités du terrain. Dans la résidence, il y a 50 appartements, en Norvège, cela s’appelle un “borettslag” (et “salg” ça veut dire vente, d’où le jeu de mot ;-)) Nous avons envoyé un mail aux membres de la coopérative pour leur proposer de se joindre à nous pour acheter ensemble directement aux producteurs locaux et bio.
Dans l’idée, le plan c’était:

  • On décide ensemble du catalogue des produits qu’on souhaite acheter ensemble en direct des producteurs
  • On est livrés à domicile, dans l’immeuble
  • Le jour de la livraison, les gens viennent dans notre appartement récupérer leur panier, et on en profite pour boire un coup ensemble et faire connaissance, chacun amène un petit truc à boire ou à manger.
  • Et comme on achète ensemble des quantités plus importantes, comparables à celle d’une petit boutique, on bénéficie des prix boutique, et les produits sont 20 à 30% moins chers que dans les boutiques!
    En fait, c’est un peu comme si on était notre propre micro-boutique :slight_smile: Sauf qu’on commence comme un simple groupe d’individus s’organisant pour passer des commandes groupées. Dans l’idée, nous avons dès le début dit que lorsque le projet serait plus structuré nous créerions une entité et prendrions une petite commission pour nous rémunérer pour notre travail. L’idée était donc de créer une micro-boutique où les “clients” (les “membres” plutôt ici) pré-commanderaient ce qu’ils veulent, pour éviter de gérer du stock. En achetant à plusieurs en direct aux producteurs, on économise sur la logistique et on a également de meilleurs prix en achetant en gros!
    On a eu quelques réponses positives, et avec des amis, on a finallement constitué une liste de 40 mails, quasi sans communication ni marketing.

On voulait vraiment expérimenter un modèle qui permette de démocratiser l’accès à la nourriture bio/locale, et soutenir aussi la création d’activité économique indépendante.
Cela signifie:

  • les produits doivent être moins chers ou de prix identique que dans les supermarchés et épiceries où vont déjà les gens aujourd’hui. Si les produits sont plus chers que dans les boutiques, les gens ne changeront pas leurs habitudes.
  • les gens doivent pouvoir choisir ce qu’ils mettent dans leur panier.
  • nous devons construire un modèle économique qui permette au coordinateur du hub de se rémunérer pour son travail si l’on veut que l’initiative dure dans le temps et se réplique.

Nous avons piloté l’expérimentation à titre bénévole, et nous n’avons pas créé d’entité juridique dans cette phase de pilote/expérimentation. Mais nous avons tout de même ouvert un compte en banque séparé pour pouvoir être totalement transparent sur tout ce qui avait trait à ce groupement d’achat, et gérer les transactions (paiement aux fournisseurs et réception despaiements des acheteurs).

Nos fournisseurs

Nous connaissions déjà quelques producteurs, à qui nous achetions du fromage en direct. Pour les autres, nous avons obtenu leurs coordonnées via les associations de certification bio ou via les association pour la promotion de l’agriculture biologique. Aussi, nous avons contacté les fournisseurs d’un autre groupement d’achat à Oslo, Kooperativet, nous pensions pouvoir mutualiser éventuellement la logistique en travaillant avec les mêmes producteurs. On a aussi rencontré quelques producteurs sur le marché de producteur.
Au final, nous avons rassemblé 7 fournisseurs, et nous avons aussi pris contact avec un distributeur bio pour les produits secs.
Nous pouvions ainsi collectivement acheter: légumes, fruits, jus, miel, oeufs, fromage, saucisson, farines variées et produits d’épicerie comme pates, riz, lait de coco, huile, lentilles, quinoa… et même des produits d’entretien écologiques.

Voilà à quoi ressemblait notre boutique:

Seules les personnes de notre mailing list pouvaient acheter, chacun passait sa propre commande avant une date donnée, et Olivier et moi nous chargions de passer les commandes groupées aux fournisseurs.
En cliquant sur le petit camembert à droite du prix, on peut voir le détails des commissions que nous ajoutions aux prix du produit pour couvrir uniquement les frais logistiques, et nous nous étions aussi mis d’accord avec les membres pour collecter 3% de commission pour les reverser sous forme de dons à l’association portant le déploiement de la plateforme Open Food Network, pour contribuer au Commun que nous utilisions :wink:

La logistique

Les coûts logistiques étaient différents pour chaque producteur, avec chacun nous avions trouvé une solution logistique différente, et nous nous étions mis d’accord sur combien de jour avant la livraison il fallait leur envoyer la commande groupée, etc.
Certains producteurs étaient déjà organisés et venaient à Oslo une fois par semaine, comme le maraicher. Donc avant de lancer le prochain cycle de vente, nous l’appelions pour nous assurer du jour de sa venue la semaine suivante, pour caler notre cycle de vente en conséquence et nous assurer que nous recevrions les légumes le jour même de la livraison (car nous n’avions rien pour préserver les légumes correctement). Plusieurs fois, il nous a livré le même jour que cet autre groupement d’achat, Kooperativet, et nous avons pu diviser les coûts logistiques par deux en partageant les frais!
Pour le producteur d’oeufs, sa femme chantait à la chorale à côté de chez nous et nous amenait les oeufs la veille des livraisons.
Le producteur de farines faisait sa tournée une fois par semaine pour livrer ses clients, donc il nous a juste ajouté à sa liste.
Pour le producteurs de fromages, il habitait loin de la ville et ne venait jamais en ville, nous faisions donc appel à un transporteur (et c’est sûr que les coût logistique représentaient alors 20% du prix du produit…)
Pour le distributeur, nous commandions en ligne et recevions les cartons 2-3 jours plus tard.

Important à savoir: les réceptions des produits étaient étalées le jour et la veille de la distribution aux acheteurs. Il faut donc pouvoir s’organiser pour être présent chez soi pendant 2 jours! En tant que freelance je pouvais m’organiser. Et c’est pour ça que c’est assez simple d’organiser le groupemetn d’achat dans son immeuble, on n’a juste à être chez soi pour recevoir les produits. Mais j’imagine que ça doit être aussi pratique de faire ça sur son lieu de travail, vu qu’on y est toute la journée potentiellement!

Bilan

En moyenne, environ 15 personnes commandaient à chaque cycle de vente. Juste pour les légumes, cela représentait plus de 100kg de légumes, ce qui n’est pas négligeable!

Autre point positif, à chaque cycle de vente, les gens restaient un peu plus longtemps pour papoter et prendre un café. C’était vraiment enthousiasmant de sentir cet esprit de communauté, sortir de l’anonymat, faire des choses ensemble, partager des histoires, des valeurs, des opinions. Nous n’étions pas des “consommateurs”, nous étions des partenaires, des activistes, des hackers :slight_smile:

Quelques leçons tirées de cette expérience:

  • ça prend du temps de faire naître une communauté, ce n’est qu’après 5 ventes que les gens ont commencé à se sentir vraiment à l’aise.
  • il faut un peu d’espace pour préparer les paniers, les stocker et recevoir les gens! Nous faisions ça dans notre salon et notre cuisine, ça allait pour 15 personnes, mais difficile d’aller au-delà, et ça peut être intéressant d’aller demander au café en bas de chez soi s’il peut accueillir les distributions, ce qui peut aussi lui amener des clients et de l’animation!
  • il y a encore des fonctionnalités à améliorer sur la plateforme Open Food, et il y a encore quelques opérations de suivi que nous effectuions manuellement, et qui prennent un peu de temps (par exemple la gestion du stock).
  • c’est vraiment crucial d’avoir quelqu’un capable de réagir rapidement pour régler un problème d’accessibilité de la plateforme!

Modèle économique

A partir de cette expérience, nous avons travaillé sur un modèle économique qui permettrait au coordinateur d’un tel hub d’être rémunéré pour le temps et l’énergie passée, tout en assurant que les produits restent accessibles. Vous trouverez ci-dessous les chiffres, bien sûr ce modèle mériterait d’être testé sur le terrain pour être affiné, ce que nous ne manquerons pas de faire dans les mois qui viennent je l’espère, mais si d’autres souhaitent tester, n’hésitez pas et partagez vos retours!


#2

Bonjour @Myriam

Vous avez écrit cela il y a longtemps mais je souhaite vous remercier. Mes voisins et moi-même souhaitons lancer un groupement d’achat dans notre quartier lillois et votre retour d’expérience est très intéressant : pour l’organisation des livraisons, mais aussi pour la partie “coûts financiers”
Si vous avez quelque chose de détaillé à propos des coûts, depuis le temps écoulé, je suis preneuse

Bonne journée


#3

Bonjour @ChloeT, ravie de te lire, je suis heureuse que mon partage d’expérience puisse servir ! Du coup tu envisages d’utiliser Open Food France pour l’organisation de ton groupement d’achat ? Est-ce que tu connais @simons à Lille ? Il a créé et géré le groupement d’achat Au Panier Rusé, qui ne proposait que du sec à l’achat, mais a documenté aussi leur mode de fonctionnement sur un Wiki.
Sur les coûts je n’ai rien de plus, je suis rentrée en France depuis…
N’hésites pas à échanger avec Simon à l’occasion sur son expérience du Panier Rusé, un nouveau Panier Rusé est en train d’ouvrir à Boulogne !


#4

Je ne connaissais pas, je vais regarder le Panier rusé

Merci et bonne journée !